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Strawberry so sexy

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit : Printemps, tu peux venir !
Premier sourire du printemps

Poèmes de Théophile Gautier

 

Waves

J’ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d’une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l’unique soin était d’approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

La vie antérieure
Poèmes de Charles Baudelaire

Une vision

Que je voudrais te voir, quand la tardive aurore
Annonce le réveil de nos derniers beaux jours !
Ces derniers jours si doux, bien que déjà si courts,
A tes côtés, pour moi, seraient plus doux encore !
Que je voudrais te voir !

Que je voudrais te voir ! Ici le tiède automne
Déjà de pourpre et d’or teint les ombrages verts ;
Quelque feuille séchée en tombe au gré des airs,
Et j’écoute en rêvant sa chute monotone…
Que je voudrais te voir !

Que je voudrais te voir, te voir sourire encore
A ces chants imparfaits où se comptait ma voix,
Que la tienne si douce embellit quelquefois…
Tout nouveau sur ma bouche un autre vient d’éclore :
Que je voudrais te voir !

Que je voudrais te voir, et, tant que le jour dure,
Errer muets tous deux, et, la main dans la main,
Le soir sans nous quitter nous redire : A demain !
Mais seule je m’endors, et tout bas je murmure :
Que je voudrais te voir !

Amable Tastu.

 

Par monts…

L’éclosion superbe et jeune de ses seins
Pour enchaîner mes yeux fleurit sur sa poitrine.
Tels deux astres jumeaux dans la clarté marine
Palpitent dévolus aux suprêmes desseins.

Vous contenez l’esprit loin des rêves malsains,
Nobles rondeurs, effroi de la pudeur chagrine !
Et c’est d’un trait pieux que mon doigt vous burine,
Lumineuses parmi la pourpre des coussins.

Blanches sérénités de l’océan des formes,
Quelquefois je vous veux, sous les muscles énormes,
Géantes et crevant le moule de mes mains.

Plus frêles, mesurant l’étreinte de ma lèvre,
Vers la succession des muets lendemains,
Conduisez lentement mon extase sans fièvre.

Albert Mérat.

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