Seul…

Seul…

Le bonheur suit sa pente et rit
Sans témoins, comme un ruisseau coule :
Celui qu’une amante chérit
N’en parle jamais à la foule.

Ô bruit connu d’un léger pas,
Clair baiser d’une bouche rose,
Soupir qui ne se note pas,
Accent qui n’est ni vers ni prose !

Quel chant, quel trouble aérien
Est assez frais pour vous redire ?
Ah ! l’amour est un si grand bien
Que ses heureux n’ont pas de lyre !

Mais celui qui n’est pas aimé,
Qui ne peut embrasser personne,
Étreint un luth inanimé
Qui prenant sa vie en frissonne ;

Dans la gloire il cherche l’oubli
De sa solitude profonde,
Et d’un coeur qui n’est pas rempli
Tend la coupe infinie au monde.

Sully Prudhomme

 

 264 Vues totales,  7 vue(s) aujourd'hui

Posted on: 27 juin 2020administrateur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut